Mon rêve initial était de devenir scénariste. Puis un jour, il y a eu un poste vacant dans l'entreprise Die Keure. Ils cherchaient quelqu'un pour écrire un jeu d'aventure pour enfants. J'ai saisi cette occasion en imaginant qu’il était peu probable que je sois choisie.
Contre toute attente, j’ai été choisie. J’ai saisi cette chance avec les deux mains. Jusque-là, je n'avais joué que deux fois dans ma vie. Et à présent, c'était pourtant à moi qu’était confiée l’écriture d’un jeu. Comment ai-je réussi à le faire ? Honnêtement, j'ai eu beaucoup de chance de me retrouver dans une équipe d'experts auprès desquels j'ai à peu près tout appris.
C'est aussi là que j'ai rencontré Kenny. C'est l'autre moitié de Like Charlie. Lorsque nous nous sommes rencontrés, il travaillait déjà sur le projet "Marie's Room". J'ai immédiatement reçu la mission d'intégrer la dimension de l’histoire, pour qu’il devienne un vrai jeu. Plus facile à dire qu’à faire. Lorsque le jeu est sorti, nous avons reçu beaucoup de réactions positives. Un nouveau monde s'est ouvert à nous. Nous avions l'impression d'avoir trouvé notre voie. C'est le point de départ de la création de Like Charlie. En y repensant maintenant, j'ai l'impression que l'industrie du jeu m'a aspirée. Il n'y avait pas d'échappatoire. Le jeu était ma destinée.
Que diriez-vous à un jeune moi entrepreneur ?
Ne faites pas tout en même temps. Au risque de devenir un entonnoir surchargé et finir par ne plus rien faire correctement. Par conséquent, avancez par étape. Tout ne doit pas être fait immédiatement.
Quel est le secret de la réussite de votre entreprise ?
Je ne pense pas qu'il existe une formule magique’. Notre profession est unique. Nous accordons beaucoup d'attention à notre art. Nous voulons qu'il soit beau et agréable à vivre. L'intention est que vous vous sentiez détendu. Et que vous ayez aussi une belle expérience émotionnelle en jouant.
C'est encore souvent le cas. Mais heureusement cette situation évolue. C'est un processus auquel je souhaite contribuer. Dans nos histoires, nous voulons mettre en scène de plus en plus de personnages qui s'intègrent dans notre société diversifiée.
Je n'exclus pas d'entraîner des auteur.es de jeux dans les cinq ans à venir. Nous intégrons cette diversité de toute façon. Certains créateurs de jeux partent du principe qu'il suffit d'introduire un personnage de couleur de peau différente pour être diversifié. Désolée, mais ce n'est pas ça la diversité. Cela va plus loin. Comment allons-nous concrètement traduire cette diversité chez Like Charlie ? C'est toujours une réflexion en cours chez nous. Comme je le disait, nous avançons pas étape et nous finirons par y arriver.
Quelles sont les femmes qui vous inspirent?
Il peut s'agir d'une musicienne de formation classique ou d'une femme qui travaille dur, qui voyage dans le monde entier et qui élève également des enfants. Je pourrais citer, car elle m’inspire particulièrement, Kim Belair. Elle est cofondatrice et directrice de Sweet Baby. Elle a vraiment réveillé quelque chose en moi. La façon dont elle se fraye un chemin dans l'industrie du jeu en tant que femme noire, je pourrais apprendre beaucoup d'elle.
Quels sont vos projets pour le futur ?
Intégrer davantage de diversité dans nos jeux. Et aussi attirer plus de personnes issues de la diversité pour travailler chez nous. Je remarque que les grands studios de jeux n'osent pas opter pour la diversité. Quelqu'un m'a dit, il y a quelque temps, qu'il avait fait l'expérience suivante en choisissant un personnage. Dans la salle des auteurs, quelqu'un a demandé : "Pourquoi ne pas choisir un personnage coréen au lieu d’un parisien? Il y a eu un blanc jusqu'à ce que quelqu'un réponde : "Ce serait bizarre parce qu'elle est déjà française ?". En d'autres termes : si vous venez de France, vous ne pouvez pas avoir une culture ou une religion autre qu'occidentale ? Nous ne pouvons pas continuer à penser de la sorte. Il est temps de change.
Gaming. Pensez-vous qu’ils jouent un rôle dans la société? Ou sont-ils simplement des jeux?
Les deux affirmations sont vraies. Les jeux restent des jeux et doivent être diverstissants, bien sûr. Je pense que les jeux qui proposent une narration émotionnelle peuvent avoir une réelle valeur ajoutée. En tant que joueur.euse, vous pouvez vous imaginer dans l'histoire d'un autre et peut-être vous y reconnaître. Se reconnaître dans l'autre peut avoir une influence positive sur la société.
Je donne un exemple. Dans La chambre de Marie, le thème porte sur deux personnages qui vivent dans la pauvreté. Cependant, leur entourage n'en n’est pas conscient. Pourtant, les personnages doivent aller à la banque alimentaire pour survivre. C'est quelque chose dont ils ont honte. Après avoir expérimenté le jeu, un de nos joueurs a fait une donation à la banque alimentaire. Les jeux peuvent donc aussi avoir une valeur ajoutée d’un point de vue social.